Un peu d’histoire :
1984, le Tour de France féminin est couru en levée de rideau de l'épreuve masculine, épreuve organisée par la Société du tour de France organisatrice du Tour masculin. En 1990,l épreuve change de nom et elle devient le Tour de la CEE féminin qui s'achèvera en 1993.
En 1992, création d’une nouvelle épreuve, le Tour cycliste féminin se déroulera au mois d'août. 1998 il devient la Grande Boucle féminine. L'organisateur du tour féminin ne peut employer le terme tour qui est la propriété de la Société du Tour de France.
En 2004 pas de course. En 2005, la Grande Boucle Féminine Internationale revient mais à l'échelon national, n'étant pas classée par l'Union Cycliste Internationale.
En 2009, nous assistons sans le savoir à la dernière édition de cette Grande Boucle Féminine car fin Octobre, Pierre Boué annonce la fin de l’épreuve…voici une interview, qui nous éclairera un peu plus sur ce qui l’a poussé a arrêté et les raisons de ce gâchis
En introduction, pouvez-vous vous présenter
en quelques mots pour ceux qui ne vous connaissent pas
?
PB:J'ai
51 ans, je suis marié et j'ai trois enfants. J'ai débuté ma
carrière de journaliste à Toulouse après des études de droit et de
journaliste. J'ai été appelé à la Mairie de Paris en 1983 où j'ai
eu des responsabilités au cabinet du Maire de Paris. J'ai ensuite
pris la suite du Tour de France féminin en créant la Grande Boucle
Féminine Internationale en 1992. J'ai écrit trois livres dont la
biographie de Jacques CHIRAC en 1995. Je suis un pragmatique,
iconoclaste, altruiste et fidèle à ses
engagements.
Tout d'abord, comment vous portez vous après ces
semaines
tumultueuses difficiles à vivre pour vous et
vos proches, je suppose
?
Lorsqu'on est conscient de la mentalité de notre pays, on peut
s'attendre à tous les coups bas, les plus puérils, iniques ou
extravagants. Ma force réside en une concentration de tous les
instants basée sur l'introspection. J'ai la chance d'avoir un
refuge exceptionnel pour me ressourcer et recharger les accus. Mon
épouse Anne partage ma vie depuis 7 ans. Elle m'aide et pourrait
témoigner du combat que je mène depuis qu'elle m'accompagne.
Benjamin 4 ans, le fruit de notre amour me permet de me replonger
dans la réalité et dans l'espoir que tout peut recommencer. Mes
deux premiers enfants sont plus grands. Ils ont d'autres
préoccupations. Celles de leur âge.
Vous savez les proches se transforment en des mirages comparables à
l'horizon lointain entre le ciel et l'océan. Lorsque vous ne
représentez plus rien, vous êtes mort ! Ceux qui m'ont presque
«adulé» ont sombré dans ce tourbillon d'égocentrisme,
d'indifférence, de mépris. L'homme reste l'animal le plus féroce de
la terre.
Après 18 ans de mariage avec la GBFI, avec ses hauts et ses bas, la
mort à été brutale, pouviez-vous la prévoir? De quand date les
premiers maux et les racines du mal étaient elles
profondes?
Il s'agit d'une campagne de dénigrement articulée sur des
sentiments de jalousie, de défiance, de provocations incessantes.
J'ai la conviction et les preuves d'une exécution progressive dont
l'issue aurait dû intervenir beaucoup plus tôt. Vous comprendrez
que je n'évoque pas ce récit et que je le réserve pour le livre
«Quand le cyclisme féminin perd les pédales...» qui sera publié
début 2011.
L'Union Cycliste Internationale bien épaulée par la Fédération
Française de Cyclisme de l'époque ont entamé une authentique guerre
avec la complicité des services de l'Etat. Une offensive bien
orchestré par tous ces protagonistes et leurs alliés objectifs
depuis 2000.
A qui en voulez vous en particulier et
pourquoi?
J'en veux à ce système dont l'intérêt principal est de nous faire
croire qu'il défend une cause en servant ses intérêts personnels.
Il y a des choses graves. Il faut briser le silence et dénoncer
ceux qui sont les complices d'homicides.
Tous les livres que j'ai eu la chance d'écrire ont été basés sur
des témoignages. J'ai prévu de rencontrer 450 personnes avant de
prendre la plume. Ceux qui ne voudront pas me répondre seront
consignés dans mon livre. Tout ce processus sera encadré par un
avocat. Il faut crever l'abcès car il s'agit de la survie d'un
sport. Depuis 1992, rien n'a changé. Depuis presque 20 ans la
France est encore à la traîne de la totalité des pays européens
(pays de l'Est compris). Les politiques nous balancent à la figure
des faux semblants sur la parité pour nous faire avaler la pilule.
La France «dégueule» les femmes qui réussissent. Nous sommes un
pays de machos, de vieux gaulois rustres et grossiers. Le français
est un vrai «paléo» qui ne supporte la prédominance des femmes.
Nous ne comptons que des victimes et dans tous les milieux. Yannick
NOAH est encore aujourd'hui vénéré par sa victoire en 1983 à Roland
Garros, alors que personne ne se souvient que Mary PIERCE a gagné
la même chose en 2000, il y a 9 ans seulement ! Le public ne
retient que les caprices de Surya BONALY qui a refusé de monter sur
un podium, l'homosexualité d'Amélie MAURESMO, Marie-José PEREC qui
claque la porte des Jeux-Olympiques de Sydney ou encore récemment
le renoncement de Laure MANAUDOU.
Je suis un guerrier qui n'acceptera pas d'être assassiné pour rien
!
L'évolution du cyclisme Féminin se dirige vers quel avenir selon
vous ?
Vous savez mon jugement doit-être mesuré car mon retrait pourrait
être mal compris si je clamais «après moi le déluge». Personne
n'est indispensable. Lorsqu'on connaît la situation du cyclisme
français et international, on ne peut que craindre le pire. Vous
n'entendrez pas quiconque s'en émouvoir car autorités fédérales et
internationales, les politiques, les journalistes et les forces
vives du sport s'en moquent totalement ! Le cyclisme féminin va
droit dans le mur.
Trois symboles : Lorsque vous connaissez le niveau du cyclisme
français, une des ses représentantes Karine GAUTARD raccroche à 24
ans. Nicole COOKE, championne olympique en titre cherche toujours
des partenaires depuis deux ans. Elle a été contrainte de s'engager
dans une équipe comme salariée sans avoir la garantie d'être leader
et avec des exigences financières qu'il serait bon de ne pas
évoquer pour ne pas que le cyclisme féminin s'effondre. Enfin
Nicole BRÄNDLI, la suissesse abandonne à 30
ans.
LUPERINI (35 ans), PUCINSKAITE (34 ans), ZILIUTE (33
ans),
continuent à briller au plus haut niveau en ayant remporté la
GRANDE BOUCLE FEMININE INTERNATIONALE respectivement en 1995, 1998
et 1999. Cherchez l'erreur ! On perd la boule
!
Que dire du cyclisme français lorsque Jeannie LONGO n'a aucune
opposition pour les sélections mondiales et représente la France
aux championnats du monde à 51 ans. Elle sera aux Jeux Olympiques
de Londres à 54 ans !
Le milieu vous a t'il suffisamment dégouté pour couper les ponts ou
avons nous encore une chance de pouvoir bénéficier de votre savoir
faire dans certaine épreuves et je pensais plus particulièrement
pourquoi pas une Cyclosportive la Pierre
Boué?
Je ne me vois pas revenir dans le milieu si ce n'est par
l'intermédiaire d'un livre et certainement d'un film car je possède
beaucoup d'archives. Je veux travailler sur ces projets avec mon
épouse et le seul pour qui je garde une grande estime dans la
famille du cyclisme : Alfred NORTH. Il y aura peut-être aussi un
album photos. Personne n'a émis le moindre regret de mon départ. Je
suis parti dans le plus strict anonymat de la même façon que je
suis arrivé en 1991. Une cyclosportive à mon nom m'a été proposée.
Je n'ai pas besoin de ça pour être traité de
prétentieux.
Pour finir Monsieur Boué, on vous sait passionné, enthousiaste,
iconoclaste, et besogneux. Vers quels nouveaux challenges vos
qualités vont elles vous
mener?
Il est vrai que j'avais dans l'idée de monter une croisière sur le
thème du sport féminin pour 2012. Je ne sais pas si j'aurai à coeur
de poursuivre cette idée. L'écriture d'un livre est à la fois un
devoir de mémoire et une obligation d'exprimer ma réflexion sur
presque 20 ans de ma vie. Il s'agit d'un travail énorme. Rebondir
dans le cyclisme me semble illusoire tellement ce milieu est
corrompu, faux et nauséabont.
Les actrices de ce sport m'ont également beaucoup déçu. Certains me
suggèrent de m'investir pour le sport féminin mais dans un autre
sport.
Mon principal challenge est de retrouver un travail. J'ai beaucoup
d'idées mais une telle expérience m'interroge sur l'avenir. J'ai
une famille que j'aime et à qui je dois beaucoup tellement elle a
dû subir mes absences, mes soucis et mes préoccupations. J'ai du
temps à rattraper et beaucoup d'amour à donner. Bâtir chaque année
un parcours atypique pour des ingrates donne à
réfléchir.
Les concurrentes ne franchiront peut-être jamais plus l'Izoard, le
Ventoux, le Tourmalet de leur vie. Elles ne reviendront
certainement jamais en Corse ou prendre le départ dans les plus
belles métropoles européennes pour une compétition. La peur du
vide, les absences, la nostalgie risquent de condamner certaines et
les mettre en face de la réalité. L'heure est venue de courir les
tourniquets et de visiter et revisiter les mêmes circuits dans les
départements.
Les «petites reines» ont été sacrées sans couronne et leur avenir
s'apparente désormais à celui des troubadours ou des fous du roi
!
Propos recueillis par Emmanuel Chaillard, le 15 Novembre 2009.
*au 1er trimestre de 2011, Pierre Boué sortira un livre : "Quand le cyclisme perd les pédales"









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